Bordeaux, un « groupe qui vit bien » ?

Publié le par PYZ Bastien

 

L'Olympique Lyonnais a été champion de France sept ans d'affilée. C'est énorme. Bordeaux a mis fin au règne lyonnais l'année dernière. Et même s'il reste encore du chemin à parcourir pour faire aussi bien que le record historique de l'OL (utopie, diront certains), les Girondins sont plutôt bien partis pour accrocher un deuxième titre consécutif à leur palmarès. Pourtant, tout n'est pas rose au pays des Marines et Blancs.

 

Alors que Bordeaux comptait il y a peu une avance démoniaque sur ses plus sérieux concurrents au titre (Montpellier n'en faisait alors pas partie), le petit matelas confortable a fondu comme neige au soleil. Il semblerait qu'un petit quelque chose, un tout petit grain de sable, soit venu enrayer la machine à gagner girondine. Et même si la dynamique de victoires est toujours là, la manière laisse parfois à désirer (un peu à la lyonnaise en fait).

 

La mauvaise passe a commencé à Rennes, avec une grosse claque 4-2 Route de Lorient. Elle s'est poursuivie avec une élimination en Coupe de France, à domicile, face à Monaco. Depuis, il n'y a certes eu que des victoires : 3-1 contre Saint-Etienne en championnat, 4-1 contre Lorient en Coupe de la Ligue, et 1-0 mercredi soir en Ligue des Champions contre l'Olympiakos. Mais à chaque fois, les circonstances ont été favorables aux Girondins, et la chance leur a même souvent sourit.

 

Contre Saint-Etienne, Bordeaux s'est fait bouffer en deuxième mi-temps, et a concédé le pénalty de l'égalisation. Finalement, Bergessio s'est fait dessus, et Bordeaux a pu tuer le match contre le cours du jeu. A Lorient, Bordeaux a subi en étant mené dès l'entame de match. Mais en l'espace de cinq minutes et de nombreuses décisions arbitrales plus que discutables (pénalty peu évident, hors-jeu non-sifflé, carton rouge imaginaire...), le match était plié, toujours en leur faveur. Enfin, avec une victoire en Grèce mercredi soir, Bordeaux s'en sort bien et peut s'estimer heureux de rentrer la victoire en poche, compte-tenu d'une fin de match compliquée.

 

Les résultats sont donc toujours là, pour le moment. Mais on sent que Bordeaux est en sursis et qu'il faudrait peu de choses pour que la roue tourne du mauvais côté et que les performances en trompe-l'oeil se transforment en dure réalité comptable. Evidemment, il y a des explications aux maux actuels du champion de France en titre. On peut par exemple penser (pour la Coupe de France notamment) que le calendrier bien chargé pousse les clubs à faire des choix (bien que Laurent Blanc s'en défende). Après tout, la Coupe de France, c'est quand même moins intéressant que la Ligue des Champions (sportivement et financièrement), voire que la Coupe de la Ligue (financièrement uniquement), dont Bordeaux disputera la finale face à l'OM.

 

Si on va par là, on peut donc supposer qu'une baisse de régime des Girondins était prévisible, voire même planifiée pour pousser le vice jusqu'au bout, avec une préparation physique programmée de sorte à ce que les joueurs arrivent en pleine bourre pour le 8ème de finale contre l'Olympiakos. Sauf que mercredi soir, les potentiels bienfaits de cette prise de risques calculée ne se sont pas vraiment fait ressentir. Car bien que globalement dominateurs dans l'ensemble, c'est précisément en fin de match que Bordeaux a souffert.

 

En fait, au-delà de l'aspect physique, il y a une chose qui m'a frappé : le manque de communication entre les joueurs (je ne prend pas en compte les insultes et autres mots doux dans la catégorie « communication »). Comme face à Lorient, où Planus et Fernando s'étaient pouillés et avaient failli se mettre dessus, le Brésilien a encore trouvé le moyen de s'en payer une bonne tranche avec un coéquipier, Carasso en l'occurence (pourtant pas le premier venu quand il s'agit de rentrer dans le lard). Je sais bien qu'on dit souvent que les joueurs d'une même équipe n'ont pas forcément besoin d'être les meilleurs amis du monde en dehors du terrain pour être performants sur le terrain. Mais entre se dire les choses et se foutre sur la gueule sur la place publique, il y a une nuance qui pourrait jouer bien des mauvais tours aux Girondins à l'entrée de la dernière ligne droite de la saison.

 

Car on entre peu à peu dans le money time ; là où tout se joue, là où tout se gagne, mais là où on peut aussi tout perdre. Et certains gars semblent davantage concernés par leur futur point de chute pour la saison prochaine que par leurs objectifs pour la saison en cours. A commencer par l'entraîneur Laurent Blanc, qui balaye d'un revers de la main toutes les questions concernant son éventuelle promotion au poste de sélectionneur de l'équipe de France, qui a fait un véritable buzz. Chose rare, Jean-Louis Triaud (président) et même Nicolas de Tavernost (actionnaire majoritaire en tant que patron d'M6) sont sortis de leur silence pour dénoncer la machination autour de l'avenir de leur entraîneur, toujours sous contrat. « A storm in a teacup » à Bordeaux, peu habitué à faire face à l'abattage médiatique qui sévit dans le contexte parisien ou marseillais...

 

Les joueurs se sont également laissés tomber dans l'engrenage, et pas des moindres. Chamakh, qui avait missionné l'été dernier pour quitter le navire Marine et Blanc et n'avait pas hésité à aller au clash avec ses dirigeants, aurait déjà signé un précontrat du côté d'Arsenal et de la Premier League dont il rêve depuis tant d'années. Yohann Gourcuff a déjà la tête à la Coupe du Monde en juin prochain, alors que ses jambes sont restées en Roumanie (avec quelques petites traces de génies décelées un peu plus tard, mais ça remonte à loin). Planus, qui fait partie des meubles à Bordeaux, se plaint du manque de considération et de reconnaissance dont il est victime, voyant que quasiment tous ses partenaires se font prolonger leur contrat tour à tour alors que lui n'a reçu aucune offre concrète (« Ils doivent négocier par ordre alphabétique. Ou alors, ils ont perdu mon numéro »), et évoque même un départ en Espagne. Fernando aussi avait été annoncé partant tout l'été dernier avant de se résoudre à rester en Gironde. Et Alou Diarra est blessé.

 

Les bons résultats actuels sont donc l'arbre qui cache la forêt, et il faut se méfier de l'eau qui dort sur les bords de la Garonne : attention à ce que les aspirations respectives de chacun, et les petites embrouilles du quotidien, ne viennent flinguer une saison qui s'annonçait jusque là exceptionnelle. Car toutes ces petites choses mises bout à bout, ça fait beaucoup pour Bordeaux. Espérons que ça ne fasse pas trop...

 

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News de dernière minute : Fernando a eu le malheur de s'en prendre à Mathieu Chalmé.

Bilan : un Brésilien décédé par strangulation.


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Bastien 25/02/2010 14:07


Merci g.?uan ! En fait j'ai toujours peur de décourager par la longueur de mes articles. Mais j'ai tellement de trucs à dire que je ne peux pas m'en empêcher :)


g.?uan 25/02/2010 11:59


ça fait plaisir de lire des articles détaillés, des analyses appliquées, qui n'ont pas peur de décourager par la longueur. Comme quoi le blog est aussi un excellent support pour des passes en
profondeur...