Championnat de France : le bilan

Publié le par Bastien PYZ

 

On connaissait déjà le dénouement de la Ligue 1 avant la fin, avec le sacre de l'OM, et la descente anticipée de Grenoble, Boulogne et Le Mans. Hier, les échelons inférieurs ont livré leur verdict. Et comme pour l'OM, qui a remporté cette saison son premier titre depuis près de vingt ans, Brest retrouve la Ligue 1 près de vingt ans après, accompagné par Caen et la surprise Arles-Avignon, tandis que Guingamp replonge en National, là-encore près de vingt ans après l'avoir quitté, avec Strasbourg et Bastia. Quand on pense qu'il y a pratiquement un an jour pour jour, EAG décrochait la Coupe de France ainsi que son billet pour la Coupe d'Europe... Qu'il y a deux ans, Strasbourg était encore en Ligue 1, avant de connaître deux descentes quasi-successives... Et que Bastia était encore en Ligue 1 aux côtés d'Ajaccio il n'y a encore pas si longtemps de cela... Mais le destin est ainsi fait.

 

L'ultime journée de Ligue 2 aura d'ailleurs été l'affaire de plusieurs signes du destin. La Berrichone de Châteauroux de JPP s'en est ainsi aller cueillir son maintien sur la pelouse de Strasbourg, qui l'avait viré comme un malpropre malgré l'accession en Ligue 1 il y a deux ans. JPP a donc eu sa revanche personnelle et a gagné son pari, lui qui était près à jeter l'éponge et à tirer un trait sur sa carrière d'entraîneur en cas d'échec dans la course au maintien. Victor Zvunka, ancien entraîneur de Châteauroux et désormais (ancien) entraîneur de Guingamp, a lui connu fortune diverse, puisque Guingamp rejoint Strasbourg en National. Alharbi El Jadeyaoui, transfuge de Brest que Zvunka a fait venir en début de saison, doit également regretter d'avoir quitté le navire brestois pour rejoindre la galère guingampaise...

 

En parlant de Brest, il semblerait que certains se complaisent dans le malheur du club présidé par Noël Le Graët, cible de toutes les critiques (faciles). Les supporters brestois, qui savourent d'autant plus leur montée avec la descente du « rival » guingampais, reprochent à ce dernier de n'avoir rien fait pour sauver leur club du temps ou il était à la tête de la Ligue (bien que la rétrogadation administrative était inévitable à l'époque tant les finances du club étaient exécrables, et ce quelque soit le président de la Ligue). Même certains Marseillais semblent se réjouir des malheurs d'EAG, près de vingt ans après que l'OM ait été relégué en D2 suite à l'affaire VA-OM, toujours sous la présidence de Le Graët. Personnellement, j'avoue ne pas trop comprendre cette fronde anti-Le Graët, mais si quelqu'un peut m'expliquer, je suis preneur...

 

Toujours est-il que malgré les déboires d'EAG, après la finale de Coupe de France Guingamp-Rennes l'année dernière, 2010 pourrait bien être à nouveau l'année de la Bretagne, comme 2009 a aussi été celle du Nord, avec pas moins de quatre clubs parmi l'élite (Lille, Lens, Valenciennes, Boulogne). Boulogne descend, Brest remonte, ce qui porte à trois le nombre de clubs bretons engagés en Ligue 1 pour la saison prochaine, avec Rennes et Lorient, et donc six derbys en perspective.

 

En revanche, si les clubs du far-ouest se portent plutôt bien (sans inclure Nantes ou Le Mans), à l'est, c'est un peu la soupe à la grimace. Certes, Reims et Troyes retrouveront la Ligue 2 dès l'an prochain (c'est fait pour le club préféré des papys et quasiment fait pour la ville chère à Raphaël Mezrahi), en compagnie de la surprise Evian Thonon Gaillard, qui a survolé le championnat cette saison en claquant douze points au deuxième, Reims. Malgré tout, Nancy a vécu une saison galère en Ligue 1. Metz échoue une nouvelle fois aux portes de la montée, à 4 points du surprenant troisième Arles-Avignon, à cause d'une défaite improbable à domicile face à Vannes. Les Bretons du sud sauvent ainsi leur peau en Ligue 2 au détriment d'autres Bretons (ceux de Guingamp) ; mais surtout, la défaite des Messins précipite le voisin strasbourgeois en National pour la première fois de son histoire.

 

L'année prochaine, le National aura ainsi des airs de Ligue 2-bis, avec des équipes comme Guingamp, Strasbourg et Bastia donc, mais aussi Amiens, l'AS Cannes ou le Paris FC. Inutile de dire que la remontée ne sera pas mince affaire pour ces clubs, même si Reims et Troyes y sont parvenu dès le premier essai. Au risque, dans le cas contraire, de s'enliser encore un peu plus dans la hiérarchie du football français. Comme Amiens, qui végète dans le ventre mou du National après avoir joué la montée en Ligue 1 il y a deux ans de cela. Amiens, l'ancien club de Thibault Giresse, qui connaît avec Guingamp sa deuxième descente en deux ans...

 

Pour Guingamp, Strasbourg et Bastia, la sentence est donc irrévocable : ils doivent quitter la Ligue 2 pour le National. Adieu, monde professionnel cruel. Dans ces trois clubs – et plus particulièrement Strasbourg et Guingamp, structurés pour la Ligue 2 voire la Ligue 1 –, il faut s'attendre à un grand chamboulement dans les semaines à venir. La rétrogradation entraîne des conséquences inéluctables, notamment sur le plan financier. Le fossé entre Ligue 2 et National est gigantesque – peut-être plus encore que celui qui sépare la Ligue 1 de la Ligue 2 –, car il signifie en gros le passage du statut professionnel à amateur. Ce qui veut dire plus de recettes des droits télé (les matchs du National n'étant pas diffusés). Ce qui veut dire moins de contrats sponsoring (l'image du club n'étant plus assurée via les retransmissions télé, les annonceurs n'ont plus d'intérêt à s'afficher sur les maillots et les panneaux publicitaires). Ce qui concrètement veut dire : plus de sous. Il va donc falloir dégraisser la masse salariale en vendant les joueurs susceptibles de rapporter une plus-value au club, et reconstruire sur les bases de la formation.

 

L'enseignement principal de cette Ligue 2, c'est aussi qu'à part Caen qui a fait le boulot, toutes les têtes de série sont passées à côté de leur saison, clairement. Sans parler de Guingamp et Strasbourg, pour qui la (re)montée était l'objectif affiché en début de saison, on s'étonne de voir le classement final de certaines équipes. Le Havre finit calé dans le ventre mou du championnat. Le club doyen devra donc passer au minimum un an de plus en Ligue 2 avant de pouvoir entrevoir une remontée parmi l'élite. Nantes, pour sa part, termine sur une nouvelle défaite à l'image d'une saison indigne de son statut : une 15ème place au classement (on parle bien du FC Nantes, et de la Ligue 2), et une différence de but accablante de -11, soit le pire total après celui d'Istres (-18). Pire que Guingamp (-5), Strasbourg (-7) et Bastia (-8)...

 

Preuve que dans le football, rien n'est joué d'avance, et que l'argent ne fait pas tout. Mais aussi preuve d'un manque de compétitivité assez flagrant des « gros ». On a coutume de dire que le maintien se joue à 42 points. Pourtant, avec 43 unités au compteur, Guingamp est relégué en National. Cette saison, il fallait donc glaner deux points de plus pour se maintenir. La faute à un championnat ultra-serré, notamment en bas, où pas moins de six équipes auront été concernées par le maintien jusqu'à l'ultime journée. Certains diront que le fait que le championnat soit aussi serré est une bonne chose. N'empêche, on a besoin de gros clubs forts et constants au plus haut niveau. Arles et Brest en Ligue 1 (comme Guingamp en Europa League d'ailleurs, et éventuellement Auxerre ou Montpellier en Ligue des Champions), c'est bien joli, mais ça va cinq minutes. Surtout si c'est pour faire l'ascenseur comme Boulogne, ou un p'ti tour et puis s'en va (cf Guingamp – Hambourg).

 

La dernière question que l'on peut se poser concerne l'utilisation du budget faite par les clubs français. Au moment où la candidature française pour organiser l'Euro 2012 est à l'étude, on s'aperçoit que les clubs qui ont fait l'effort d'investir dans leurs infrastructures, à commencer par les stades, sont en difficulté. Le Mans, qui a osé le pari de l'avenir avec un stade flambant neuf et fonctionnel, est récompensé par une rétrogradation, et inaugurera sa MMArena en Ligue 2. Tout comme Grenoble, qui s'est fortement endetté pour construire son Stade des Alpes, et qui commence à en payer les conséquences aujourd'hui. A moins que les Isérois, aux prises avec la DNCG, ne soient condamnés à une rétrogradation administrative qui les pousserait à évoluer en National l'année prochaine. Dans ce cas, ils pourraient croiser la route d'Amiens et son beau Stade de la Licorne. Qui sonne tout de même un peu creux depuis la descente du club Picard au troisième échelon du football français...

 

A part ça, place à la Ligue 1 ce soir, où le titre et le maintien sont déjà joués, mais où les places européennes restent à pourvoir. Car si l'OM, champion de France, est déjà assuré de disputer la LdC la saison prochaine, la lutte risque d'être intense pour les trois autres tickets encore en jeu (LdC directe pour le second, tour préliminaire pour le troisième, et Europa League pour le quatrième). Trois places pour quatre équipes : entre Lille, Lyon, Auxerre et Montpellier, il y aura forcément un cocu...

 

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Même en mission commando, Guingamp et Strasbourg ont perdu la bataille du maintien

 

 

 
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Commenter cet article

Bastien 17/05/2010 13:25


Voilà pour ces clubs de quoi faire leur marché :

http://www.unfp.org/unfp/ce-que-nous-faisons/la-liste-des-joueurs-libres.html


Romain 17/05/2010 01:51


Tu as sans doute raison, je ne connais pas le contexte local guingampais, mais vont-il pouvoir de relever de cette descente et rebondir ?
Concernant Grenoble et Le Mans, c'est amusant de voir que les recrutements extrêmes (trop de jeunes, trop de vieux) peuvent être productifs à court terme mais semblent difficilement tenable à plus
long terme. Le recrutement de Montpellier intermédiaire et malin semble le bon.
Allez Henri, va chercher quelques joueurs expérimentés pour remonter immédiatement !


Bastien 16/05/2010 22:19


Certes, mais le fait est que Guingamp est (était) l'une des plus grandes puissances économiques de la L2. Le Graët est parvenu à fédérer autour du club un grand nombre d'entreprises locales + la
signature d'un long partenariat avec adidas + les recettes issues de la billetterie et de la vente de produits dérivés assez inhabituelles pour un club de L2 + la vente de joueurs comme Drogba et
Malouda = un des plus gros budgets de L2...

Concernant Grenoble et Le Mans, il aurait effectivement fallu qu'ils puissent se maintenir une ou deux saisons de plus afin que les effets de la construction du stade commencent à se faire
ressentir. Mais malheureusement, avec un budget limité, impossible d'investir à la fois dans le stade et dans les joueurs...


Romain 15/05/2010 22:29


Concernant Guingamp, Je pense malheureusement qu'aujourd'hui, une telle petite ville ne peut pas rivaliser avec les puissances économiques des grandes villes. Par contre Nantes et encore plus
Strasbourg, Paris aussi (et pas seulement le PSG), c'est un vrai gâchis.
Concernant Grenoble et Le Mans, le stade est un bel investissement, mais c'est dommage que se soit au détriment du recrutement et du sportif.