Coupe du Monde 2010, Afrique du Sud : le point

Publié le par Bastien PYZ

 
Il y a quelques jours, je vous dressais un bilan plutôt élogieux de l'état d'avancement des travaux dans la ville du Cap. Aujourd'hui, penchons-nous sur la situation de Johannesburg et de ses deux stades, dont le Soccer City rénové qui accueillera les deux matchs les plus importants du tournoi : le match d'ouverture Afrique du Sud – Mexique, et la finale France – Brésil. Et vous allez voir que tout n'est pas aussi rose que ça en a l'air...

 

Aujourd'hui vendredi 26 mars était un grand jour pour l'Afrique du Sud : le Soccer City Stadium (anciennement FNB, First National Bank Stadium) a ouvert ses portes au football pour la première fois depuis les travaux d'ampleur amorcés une fois l'Afrique du Sud désignée pour organiser ce mondial. Comme un symbole, ce sont les ouvriers qui ont réalisé sa reconstruction qui ont eu le privilège de fouler la nouvelle pelouse pour la première fois et de s'affronter entre eux. Ces mêmes ouvriers qui se sont mis en grève quelques semaines plus tôt pour protester contre leurs conditions de travail et leur maigre salaire. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que la voix des ouvriers est loin d'être la seule à s'élever du côté de Jo'burg.

 

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Photo de famille

 

 

Au rang des oubliés du projet Afrique du Sud 2010, on compte notamment les handicapés. Plusieurs associations de lutte contre le handicap et la discrimination qu'il engendre ont profité de la médiatisation de l'événement pour faire entendre leur voix. Ils ne se retrouvent pas dans les infrastructures construites pour l'événement, qu'ils jugent inaccessibles et inadaptées. Notamment en ce qui concerne les personnes en fauteuil roulant, pour qui aller au stade est toujours une corvée. Ils dénoncent également le faible nombre de places qui leur est imparti (50 places par match), et demandent de porter le cota à 0,5 %. Un cota qui peut paraître ridicule, mais qui dans un stade de plus de 90000 places tel que le Soccer City, représente tout de même près de 500 sièges, soit dix fois plus que ce qui est prévu en l'état actuel des choses...

 

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Les slogans des manifestants, et une phrase-choc : « Les sourds veulent être entendus ! »

 

 

Mais le problème majeur, c'est la gestion des transports. Aujourd'hui, les transports en commun font partie du quotidien des habitants de Johannesburg, notamment pour les résidents des townships, ghettos noirs vestiges de l'apartheid tel que celui de Soweto (SOuth WEstern Township, le plus important) à l'écart du centre-ville, qu'ils rejoignent tous les jours pour aller travailler. Depuis longtemps, les taxis collectifs se partagent le « marché », et assurent des liaisons régulières et bon-marché entre le centre et la périphérie. Il faut dire que le gouvernement pendant l'apartheid ne s'est pas gêné pour "parquer" ces populations noires loin de la ville, et que le système des taxis collectifs s'est mis sur pied sans aide de l'état.

Mais le fait est que ces chauffeurs de taxis se sentent aujourd'hui menacé par la création d'un nouveau réseaux de bus, censé convoyer les supporters (et les touristes) vers les stades durant la Coupe du Monde. La question de l'après-Mondial se pose, et inquiètent les chauffeurs de taxi. Ceux-ci craignent que leur activité ne soit menacée à terme par un système qui donne pourtant l'impression d'avoir été conçu uniquement pour desservir les stades pendant la Coupe du Monde, sans se préoccuper de son utilisation future.

 

Ce qui nous amène vers l'autre enjeu majeur de ce premier Mondial sur le sol africain : la sécurité. Il faut dire que certains chauffeurs ont choisi de manifester leur mécontentement dans la violence, en caillassant ni plus ni moins les bus flambant-neufs qu'ils jugent responsables de leur propre déclin. On se croirait malheureusement revenus quelques semaines plus tôt, déjà sur le sol africain, où le bus de la délégation togolaise avait été victime d'une attaque terroriste faisant de nombreux morts et blessés, ou encore lorsque la sélection algérienne avait été prise à partie par des supporters égyptiens, faisant là aussi plusieurs blessés.  


Le phénomène de ceux que l'on appelle les « taxis-noirs » (la plupart du temps, un vieux van Toyota blanc standard – pas forcément réputé pour sa tenue de route – fait l'affaire), souvent impliqués dans des accidents de la route, défrayent la chronique en Afrique du Sud, et font régulièrement les gros titres des médias. Mercredi dernier, 500 taxis ont suffi à paralyser complètement le centre de Johannesburg. Ils menacent de récidiver, et ce à travers tout le pays cette fois, si le projet de Bus Rapid Transport Plan mis en place par le gouvernement n'est pas abandonné.
Certains n'hésitent pas à parler d'une guerre des taxis qui se mue en véritable guerre des gangs, où chaque clan possède son propre territoire qu'il défend corps et âme (et tous les coups sont permis).

 

 

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Les riches touristes blancs dans leur bus flambant-neuf d'un côté, les modestes populations noires et leurs vieux tacots de l'autre : le cliché est parfait...



Mais le problème va plus loin, car la violence verbale se transforme désormais en violence physique. Certains n'hésitent pas à passer à l'acte, un conducteur de bus sérieusement blessé par balle mardi en a fait l'amer expérience. « Nous tuerons jusqu'à ce que le Bus Transport System soit retiré s'il le faut. Il n'y aura aucun match de Coupe du Monde tant que le plan de convoyage de masse ne sera pas abandonné », a même déclaré un manifestant. Récemment, un taxi-noir a également été condamné pour homicide volontaire après avoir écrasé une jeune fille blanche d'origine Afrikaneer. Les vieux démons de l'apartheid ressurgissent avec la question du racisme.

 

Si on ajoute à cela un taux de criminalité parmi les plus élevés de la planète, on se rend compte que malgré les apparences, et les déclarations de Danny Jordaan, président du comité d'organisation sud-africain (« Nous en sommes désormais aux derniers détails», a-t-il dit, évoquant la question du parking des bus des équipes, quelques dispositifs de sécurité à finaliser et la signalétique pour aider les supporters à se diriger), il reste donc encore beaucoup de travail avant le début de la Coupe du Monde, dans 75 jours...

 
Stop-secu.jpgStop : à la violence ? Au racisme ? Aux mauvaises imitations de la pochette d'"Abbey Road",
l'album mythique des Beatles ?
(crédits photos : daylife.com)



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