Djibril Cissé : entre foot et violence, les supporters de l'Olympiakos en passe de réussir leur coup

Publié le par Bastien PYZ

 

Qu'on se le dise : Djibril Cissé est une véritable star en Grèce. Depuis son arrivée au Panathinaïkos à l'été 2009, l'homme-tatouage est adulé, par ses propres supporters évidemment, mais également à travers tout le pays. Cissé vient d'ailleurs été élu sportif de l'année 2010 en Grèce (un trophée que la fashion-victim n'a pas hésité à venir récupérer vêtu d'une superbe jupe fendue...).

 

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On comprend mieux pourquoi les grecs l'aiment tant

 

 

 

Sauf que l'histoire d'amour est en train de tourner au vinaigre, dans un championnat où les supporters des principales équipes sont purement et simplement interdits de déplacement, pour éviter tout affrontement, et où les actes de violence se multiplient. Dernier exemple en date : Olympiakos-Panathinaïkos, l'un des derbys les plus bouillants en Europe. Il suffit d'écouter Jean-Alain Boumsong, habitué au Old Firms entre Rangers et Celtic, pour s'en convaincre : « Olympiakos-Pana, c'est violent. On ressent énormément d'agressivité ».

 

L'agressivité, Djibril Cissé l'a bien ressenti le 19 février dernier sur la pelouse de l'Olympiakos, où insultes racistes, cris de singe et autres jets d'objets contondants sont venus pourrir une rencontre qui n'en avait vraiment pas besoin. A l'issue du match, Cissé, pris a partie par les supporters locaux sous une pluie de fumigènes, déclarait : « J'en ai assez de jouer ici. Je ne peux plus continuer dans ces conditions. Je vis mes derniers mois en Grèce ». L'international tricolore a même décider de porter plainte contre Vangelis Marinakis, propriétaire de l'Olympiakos, pour le « traitement de faveur » réservé à lui et à ses partenaires.

 

Pourtant, Djibril Cissé n'est pas du genre à se dégonfler. Car ces situations d'hystérie collective, il commence a y être habitué. Fin 2010, après une défaite 0-1 à domicile face au modeste Olympiakos Volos, les supporters du Pana avaient envahi leur propre terrain, déclenchant un vent de panique chez les joueurs, qui s'étaient tous immédiatement réfugiés dans les vestiaires. Tous, sauf un : le brave Djibril, rejoignant ses partenaires en marchant, comme si de rien n'était.

 

Entre temps, un autre épisode avait fait couler beaucoup d'encre. Au terme d'un match de coupe face à l'AEK Athènes, avec un but victorieux inscrit par les visiteurs au bout du bout des 8 minutes d'arrêts de jeu décrétées par l'arbitre (!), Cissé avait déjà pété les plombs en conférence de presse, sur fond de scandale d'arbitrage (buts refusés, pénaltys discutables, cartons faciles...) : « J'ai le sentiment de m'être fait niquer aujourd'hui... Parce que quand on montre 7 minutes et qu'on prend un but après 7 minutes 40, j'appelle ça me faire enculer... Donner un carton rouge à Vyntra qui est prêt à faire la touche, j'appelle ça se faire enculer aussi... ». Amis de la poésie...

 

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Face à l'Olympiakos, Cissé a encore failli y laisser son tibia

 

 

 

Autant dire que la coupe est pleine. Trop, c'est trop. Le phénomène prend une ampleur telle qu'il est en train de gagner les plus hautes sphères du gouvernement grec, déjà bien chahuté par la crise qui frappe de plein fouet le pays. Le chef de l'Etat Karolos Papoulias a rencontré Sophocles Pilavios, président de la fédération grecque de football, afin de trouver des solutions pour enrayer la montée de la violence dans le pays. Pilavios s'est notamment prononcé en faveur de sanctions plus lourdes à l'encontre des fauteurs de trouble.

 

Dans ce contexte politico-économico-social plus que tendu, le football professionnel semble malgré tout épargné. Les joueurs étrangers n'ont jamais été aussi nombreux dans le championnat, et surtout, n'ont jamais été aussi grassement rémunérés. Rien qu'au Pana de Cissé, on ne compte plus les expatriés passés par la Ligue 1 : Boumsong, Kanté, Plessis, Govou..., qui font pour la plupart partie des plus gros salaires de l'effectif. Et on a beau pointer du doigt les dérives que l'on sait, cela n'empêche pas les supporters de venir se défouler au stade, véritable exutoire pour certains. Le foot, élevé au rang de religion dans certains pays, est l'opium du peuple, comme on a coutume de dire.

 

Toujours est-il que provoquer le départ forcé du meilleur joueur de l'ennemi héréditaire, les supporters de l'Olympiakos n'en demandaient pas tant. Mais en agissant de la sorte, ils contribuent également à l'affaiblissement de leur propre championnat. Désormais, les footballeurs attirés par le soleil et l'argent facile y réfléchirons peut-être à deux fois avant de signer dans la péninsule...

 

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Djibril Cissé a encore oublié son masque à gaz

 

 

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