France 0, Espagne 2 : y'a du boulot

Publié le par PYZ Bastien

 

L'équipe de France voulait se jauger face aux champions d'Europe en titre ; elle s'est fait peur à 100 jours du Mondial. La bande à Raymond a pris une bonne petite leçon de football en première mi-temps, et une leçon de maîtrise en deuxième.

 

 

L'adversaire

 

Les Français se sont fait prendre comme des Bleus par le jeu léché de l'Espagne : on regarde le ballon tourner, les joueurs courent dans le vide (pour ceux qui courent), et le supporter (que je suis) fait des bons devant sa télé à la limite de la crise de nerfs. Oui, cette équipe espagnole est chiante à jouer (en plus du fait que l'équipe de France est chiante à voir jouer). Avec cinq catalans alignés dès le coup d'envoi, on a retrouvé par séquences les principes de jeu du Barça : récupération haute, contrôle total du ballon au milieu de terrain, et pour finir, on renverse complètement le jeu sur l'aile opposée, dans le dos du latéral (c'est le but de Ramos) ; ou on lance l'avant-centre dans la profondeur histoire de changer un peu de temps en temps, comme sur le premier but de Villa.

 

J'ai ressenti sensiblement la même impression que l'année dernière avec l'Olympique Lyonnais, justement face au Barça, lors du match retour de Ligue des Champions au Nou Camp, où Lyon avait pris l'eau (2-5). Et même si le score est moins sévère, on reste au final sur la même sensation de frustration extrême de ne pas avoir vu le ballon, de ne pas avoir réussi à bouger ces Espagnols, et presque de ne pas avoir essayé. Pourtant, les Bleus ont essayé d'essayer. Mais avec beaucoup de maladresse, peu d'imagination, et aucun mouvement, CQFD. Alors à défaut d'avoir des garanties sur le jeu des Bleus, on se consolera en se disant qu'on a moins quelques certitudes.

 

 

Le milieu

 

Toulalan-Diarra sur la même ligne, ce n'est plus possible. Contrairement à d'autres, ces deux-là ont largement eu le temps de se comprendre, de s'entendre. Mais comme on le répète depuis le début, ils évoluent exactement dans le même registre et se marchent sur les pieds dans une zone que soit l'un soit l'autre serait capable de balayer tout seul (ce que Toulalan le fait très bien à Lyon d'ailleurs). On n'a donc jamais vu les deux bons dans le même match, puisque un seul suffit. Hier soir, c'est plutôt Lassana Diarra qui était dans le coup. Toulalan quant à lui, a effectué sa première passe vers l'avant après 35 minutes de jeu (une tête défensive pour se dégager). Et même après un tacle énorme, son premier réflexe, c'est de se retourner et de se débarrasser du ballon à la défense centrale. Il évolue à des années lumières de son rendement en club. Mais au match suivant, ce sera certainement au tour de Diarra de passer à côté. Puis Toulalan. Puis Diarra. Puis on est en Afrique du Sud et on n'a toujours rien changé...

 

Les conséquences directes de cet embouteillage devant la défense, c'est que l'équipe de France joue presque à dix. Et c'est l'entrejeu qui en fait les frais. Gourcuff se retrouve au milieu d'un no-man's-land, un carré de 40m de côté en plein coeur du terrain, déserté par ses coéquipiers. Celui qui est censé animé le jeu des Bleus est donc confronté à un dilemme : rester en soutien de l'attaquant de pointe (auquel cas personne ne prend le jeu à son compte) ; ou redescendre d'un cran chercher le ballon, et là c'est Anelka qui se retrouve seul au monde.

 

 Henry-Ribery.jpg

Tu seras gentil Franckie, quand tu verras la Toul' débarquer dans un rayon de 80m
balle au pied, j'aurais besoin que tu m'aides à me relever

 

 

 

L'attaque

 

Anelka en pointe, c'est donc plus possible non plus. Transparent durant pratiquement tout le match, il a quand même quelques circonstances atténuantes. Car comme je le disais aussi avant le match, à Chelsea, c'est en soutien de Drogba qu'il excelle. Mais seul en pointe, il ne pèse absolument pas sur les défenses, et n'exploite pas ses capacités. Hier soir, Puyol et Piqué jouaient les mains dans les poches.

 

Enfin, Thierry Henry est cuit. Il a lui-même reconnu être à court de rythme après le match. Le problème, c'est que ce n'est pas en cirant le banc avec le Barça qu'il va retrouver la forme. Inutile en pointe, Henry est aussi dépassé sur un côté gauche qui lui est presque acquis de droit, et bloque toute possibilité de réorganisation (comme mettre Ribéry à la place par exemple). Il a eu droit à la plus grosse bronca du Stade de France en sortant (et sa main contre l'Irlande n'a à mon avis rien à voir là-dedans). Mauvais, c'est tout.

 

 

La défense

 

Du côté de la défense, ce n'est guère plus glorieux, et c'est même un peu le bordel. Vu qu'on jouait avec la 352ème charnière centrale différente depuis le début de l'ère Domenech avec les blessés, on ne va tirer de conclusion trop hâtives.

 

Malgré tout, je crois qu'on a fait le tour de la question Escudé en équipe de France : pas rassurant pour un sou, aucune initiative à la relance, il se jette sur tous les ballons, et se troue grosso-modo une fois sur deux. En plus de ça, il a la poisse en EdF : nez fracturé par Evra au bout de huit minutes de jeu pour son dernier match en Bleu face à l'Irlande, et frappe de Ramos déviée qui prend Lloris à contre-pied hier soir, ça fait beaucoup pour un seul homme. Mais bon, comme il est gaucher...

 

A côté de lui, Ciani m'a plutôt fait bonne impression. Pour son premier match chez les Bleus, c'était lui le patron de la défense. Et la première rampe de lancement de l'équipe de France, vu que ni Escudé ni Toulalan ni Diarra ne prennent le jeu à leur compte.

 

Du côté des latéraux, c'est pas brillant non plus. Sagna et Evra se sont fait bouffés sur absolument tous les changements d'aile espagnols, laissant filer Arbeloa et Ramos dans leur dos à chaque fois. Ils ont bien tenté d'apporter le danger devant, et ont centré parfois (Sagna surtout). Le problème, c'est que c'est le désert dans la surface adverse, pas une tête ou un pied Bleus. Il y a un truc qui ne fonctionne pas à ce niveau là...

 

 

 

Les remplaçants

 

Enfin, un petit point s'impose sur les remplaçants, qui ont apporté un réel plus au Bleus.

Govou aurait pu obtenir un pénalty sur son premier ballon. En parfait joueur d'équipe et coéquipier modèle qu'il est, il permet à Ribéry de passer à gauche. Sympa.

Malouda, avec une bonne tête sur le poteau sur un centre de Cissé, s'est créé la seule occasion française du match. Autour de la 80'...

Cissé, enfin, s'est également distingué dès sa première prise de balle, avec un tir en angle fermé. Et pour une fois, il a pu profiter des blessures des autres (Saha et Gignac cette fois) pour marquer des points. C'est arrivé moins souvent que le contraire...

 

Reste qu'on aurait aimé voir l'effectif des Bleus tourner comme l'a fait Del Bosque pour l'Espagne. Ben Arfa, Benzema, Cheyrou (quit à les faire venir, autant qu'ils ne fassent pas le déplacement pour rien). Malheureusement, Domenech avait oublié qu'en match amical, les changements ne sont pas limités à trois joueurs...

 

 

La tactique

 

Les Bleus ont « exploré » (sans trop creuser non-plus) deux organisations tactiques différentes, pour les mêmes effets. En première mi-temps, l'équipe de France organisée dans son traditionnel 4-5-1 / 4-3-3 de l'ère Domenech (since 2006) était dépassée. Au retour des vestiaires, Henry a glissé en pointe pour passer dans un 4-4-2. Quinze minutes plus tard, il sortait sous les sifflets du Stade de France. Retour au schéma de départ, Govou rentre à droite, Ribéry passe à gauche, avant de céder sa place à Malouda. Pour le dernier quart d'heure, Cissé remplace Anelka. Au final, ces trois changements n'ont pas changé grand chose au cours du match.

 

L'explication, c'est que la base du problème n'a pas été résolue : la doublette Toulalan – Diarra n'a elle pas bougé d'un poil pendant ces 90 minutes. Pour une fois, je vais donc tomber dans la critique envers le sélectionneur. Parce que c'est bien joli d'imposer une organisation spécifique, et de s'y tenir. Mais encore faudrait-il avoir les joueurs pour faire vivre ce système. Et à l'heure actuelle, l'équipe de France ne les a pas (ou en tout cas pas sur le terrain, et pas dans les meilleures dispositions). Et ça, Raymond ne l'a toujours pas compris. Aucune remise en question, alors que ce match amical était justement l'occasion de tester de nouvelles solutions : ça frise l'obstination chronique.

 

A ce rythme, on est donc bien parti pour se taper la doublette Lass'-Toul' à la Coupe du Monde. Et vu ce que ça a donné jusqu'à maintenant, je ne vois pas pourquoi ça ferait des étincelles en Afrique du Sud. A moins que Raymond ne se décide à essayer un Cheyrou ou à faire reculer Gourcuff d'un cran sur les 2-3 matchs de préparation qu'il nous reste avant de rentrer dans le vif du sujet. Douce utopie...


 

Le public du Stade de France 

 

Une Marseillaise reprise en coeur, les petits drapeaux de sortie : le public du Stade de France était prêt à vibrer au coup d'envoi. Refroidi dès les premières minutes lorsque l'Espagne a commencé à poser le pied sur le ballon, on a rapidement entendu des « olés » résonner à chaque touche de balle des visiteurs. Mais il faut dire aussi que les supporters de la Roja étaient présents en nombre au Stade de France. En revanche, une fois les Bleus menés 1-0, les « Domenech démission » venaient bien du public français. Plusieurs joueurs (Henry notamment) ont été la cible des sifflets, tout simplement parce qu'ils n'ont rien fait sur le terrain qui puisse les en épargner. Et il faut aussi souligner qu'un joueur comme Cissé, tête de turc du public du temps où il jouait encore à l'OM, a été très applaudi en se mettant en valeur dès ses premières prises de balle. Comme quoi, le public du Stade de France n'est pas si exigent que ça ; il se contente juste d'un peu d'envie et d'audace...

 

 

Le match  de TF1

 

Devant un trio Jeanpierre-Larqué-Wenger refroidi par ce qu'il a vu sur le terrain, David Astorga a su tirer son épingle du jeu hier soir, et c'est donc tout naturellement qu'il est élu homme du match côté TF1. Malgré un temps d'antenne plus que réduit comparé à ses acolites en cabine, Astorga a su exploiter les moindres blancs pour booster son ratio.


La phrase du match est à mettre à son crédit :

« Xabi Alonso, il avait trois joueurs à ses basques ». Avec Larqué, c'est toute une région qui en frétille encore.


Puis l'expert Astorga a renchérit sur Thierry Henry, comme si un Christian Jeanpierre (président du fan-club de Titi) ne suffisait pas. Astorga a donc trouvé la clé du problème : ce sont les sifflets à l'attention de Thierry Henry « qui l'empêchent de marquer des buts ». Il fallait le dire à Raymond, il aurait certainement été très heureux de l'apprendre.


Enfin, Astorga a fini son spectacle en beauté en tendant le micro à Yohann Gourcuff, qui n'a pas l'habitude de compter ses mots dans ses analyses d'après-match. C'était assez affligeant de le voir plié de rire, davantage préoccupé par le temps qui s'écoulait avant de rendre l'antenne que par ce que le Bordelais avait à lui dire. Certainement pas habitué à entendre des réponses plus élaborées que ses questions...

 

 

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Légende au choix :


A./ Visiblement, la nouvelle offre SFR « 1h30 de communication offerte les soirs et weekends » de Carrefour Mobile a du mal a passer


B./ A trois mois de la Coupe du Monde, la mission commando répondant au nom de code « Union Sacrée autour du sélectionneur » a déjà commencé.


C./ A deux semaines des régionales, Nicolas Anelka relance le débat sur la burka et l'identité nationale (crédits photo : daylife.com)


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