Guingamp-Brest, le derby du pauvre

Publié le par PYZ Bastien

 

On connait la rivalité entre Saint-Etienne et Lyon, Lens et Lille ou Nice et Monaco. Beaucoup moins celle entre Guingamp et Brest. Deux clubs qui se ressemblent – bien qu'ils s'en défendent –, et qui jouent cette année dans la même cour après des années où leurs chemins ne s'étaient plus croisés.

 

Car il y a quelques années de cela, Brest végétait dans les bas-fonds de la Division 2 voire du National, pendant que Guingamp s'offrait parfois le PSG, Lyon ou Marseille le temps d'un match de gala au Roudourou en Division 1. Cette année encore, Guingamp jouait la toute fraîche Europa League en début de saison, grâce à sa victoire de prestige en Coupe de France face à un autre club breton, le Stade Rennais. Mais une petite fessée face à Hambourg plus tard, le retour sur terre a été difficile, beaucoup plus difficile que prévu. Et les Guingampais étaient loin de s'imaginer que les échéances européennes coïncideraient avec le début d'une lente descente aux enfers.

 

Pendant ce temps-là, Brest grimpait au classement sans faire de bruit, à la plus grande joie de ses supporters. Mais si tous se réjouissent de la perspective de retrouver l'élite quelques vingt ans après l'avoir quitté, il semblerait aussi que certains se frottent les mains de voir Guingamp sombrer de la sorte. Pour retrouver la trace d'un éventuel conflit d'intérêts qui puisse motiver cette rivalité, il faut justement revenir vingt ans en arrière.

 

En 1991, le Stade Brestois est placé en liquidation judiciaire par la Ligue de Football Professionnel, alors présidée par... Noël Le Graët, accessoirement maire de Guingamp et également président de l'En Avant. Le Stade Brestois dispute d'ailleurs son dernier match de D1 sur la pelouse du « rival » guingampais, que les supporters dépités envahissent à la fin du match. Il faut croire que les conséquences s'en ressentent toujours aujourd'hui, bien que la roue ait tourné depuis.

 

Mais malgré ces faits avérés, j'ai tout de même la vague impression que les supporters ressentent le besoin de créer une rivalité qui n'existe pas. Je ne dis pas que l'histoire entre les deux clubs est totalement vierge ; je ne dis pas non plus que les clubs bretons devraient forcément être amis et que la Bretagne c'est le pays des Bisounours. Mais à quoi bon faire de son voisin un ennemi ?

 


 foot16.jpg

90 minutes de tacles à la gorge, ça vaut bien une petite poignée de mains entre amis...

 

 

Toujours est-il que dimanche après-midi 15h au Roudourou, c'était un derby, un vrai, entre le club professionnel du Finistère et celui des Côtes d'Armor, entre un club qui se bat pour la montée en Ligue 1 et l'autre qui joue sa survie en Ligue 2. Le dispositif de sécurité avait d'ailleurs bien été renforcé pour l'occasion, avec la présence exceptionnelle d'une centaine de CRS aux abords du stade (qu'on ne remarque même pas d'habitude). Les programmateurs télé d'Eurosport ne s'y étaient pas trompés non-plus en décalant l'affiche à une heure de grande écoute (et mettant ainsi de côté le fait que bon nombre de footballeurs amateurs jouent précisément le dimanche à 15h). Mais bon, comme on dit, on ne va pas se plaindre. Après tout, mieux vaut un match une après-midi de weekend plutôt qu'un lundi soir en semaine...

 

Horaire inhabituel oblige, le Roudourou n'était en tout cas pas plein, mais copieusement garni malgré tout. 15000 spectateurs à vue de nez, ce qui représente tout de même une jolie affluence compte-tenu la capacité du stade (18000 places), du nombre d'habitants à Guingamp (8000) et de la situation sportive des locaux (18ème de Ligue 2). Parmi les 15000 spectateurs, il faut dire que beaucoup de Brestois avaient fait le déplacement. Entre la tribune réservée aux visiteurs remplie à ras-bord, et les nombreux électrons libres éparpillés un peu partout dans les autres tribunes, il y avait là un bon tiers du stade complètement acquis à la cause brestoise. Ce qui (d'après mes savants calculs), représentait grosso-modo 5000 dissidents (si mes restes de mathématiques niveau lycée sont bons). Soit dit en passant, je suis tout de même curieux de savoir combien de Brestois auraient fait le déplacement si le Stade Brestois était à la place de Guingamp au classement. Mais quelque chose me dit qu'ils auraient quand même été beaucoup moins nombreux...

 

Toujours est-il que dans cette ambiance particulière, le match des tribunes a commencé bien avant le coup d'envoi. Comme souvent, ce sont les supporters des visiteurs qui ont mis l'ambiance les premiers. Certainement épuisés par le périple qui les a amené à traverser la Bretagne d'ouest en est, les supporters Brestois en ont probablement oublié leurs bases en géographie régionale, puisqu'on pouvait les entendre crier « Ici c'est Brest ». Le tout d'autant plus fort chaque fois que le bagad de Guingamp – dépêché spécialement pour l'occasion – passait devant le box où étaient massés la majorité d'entre eux. Non mais alors, c'est quoi ces manières...

 

Mais ça, c'était avant que les locaux ne prennent le relais. Et pour l'occasion, le Kop Rouge, le plus ancien et le plus important groupe de supporters guingampais, avait vu les choses en grand. Des tiffos géants ont été déployés (chose rare chez un 18ème de Ligue 2, faut-il encore le souligner), recouvrant ainsi la quasi-totalité du kop, si bien qu'on se serait presque cru au Vélodrome ou au Geoffroy-Guichard des grands soirs.

 

   Untitled-1.jpg

Ici c'est Guingamp !

 

 

De bonne guerre, me direz-vous. Sauf qu'après une mise en voix plutôt gentillette, on est tombé dans ce que le supporter de base entraîné par la masse peut faire de pire. Des chants beaucoup moins sympathiques mêlant haine et homophobie pure et dure. J'ai ainsi eu l'occasion d'entendre notamment une interprétation très libre du célèbre « Emmenez-moi » de Charles Aznavour. Voilà en substance ce que ça donnait : « Emmenez-moi, à Francis le Blé, emmenez-moi au pays des pédés » (et je vous passe la suite). Cette créativité débordante a aussi fait place au classique « On va vous niquer ».

 

Mais le clou du spectacle restait à venir : une énorme verge en plastique agitée de façon plus que tendancieuse en direction des supporters brestois ; du meilleur goût. Comme pour la chute de Marion Rolland en ski alpin aux JO, j'ai bien rigolé sur le coup. Mais après réflexion, je crois que pour la première fois de ma vie, j'ai presque eu honte de supporter mon équipe.

 

Au final, le match s'est terminé sur un bon 0-0 des familles (dont certaines ont du être choquées par ce qu'elles ont pu voir, surtout un dimanche après-midi où les enfants viennent en nombre au stade). Brest file vers la Ligue 1, les supporters jubilent et chantaient déjà « On est en Ligue 1 ». Du côté des locaux, c'était plutôt la soupe à la grimace, et une sortie de stade bien calme : Guingamp flirte avec le National. Peu importe, pouvait-on pourtant lire sur les visages pour une fois. Car au-delà du résultat, il est une chose qui compte plus que tout pour un supporter dans un derby : tant que la défaite n'est pas au rendez-vous, la fierté et l'orgueil restent intacts.

 

   ln40_946899_8_apx_470__w_ouestfrance_.jpg

Je sais, j'ai du le répéter au moins dix fois dans l'article. N'empêche, je vous met au défi de trouver
un public aussi fervent dans un contexte pareil. Au moins il me reste un peu de fierté...:)


Commenter cet article

guingamp-online 05/12/2011 21:22

Sympa l'article & le blog !!!