L'impôt de la discorde

Publié le par Bastien

 

A moins de deux mois du premier tour des élections, la course à la présidentielle bat son plein. Pour se démarquer, les candidats n'hésitent pas à user (et abuser) de petites phrases chocs. Et en pleine période de crise, le sport à la mode, c'est de taper sur ceux qui ont de l'argent. Footballeurs professionnels inclus.

 

Et ça, François Hollande l'a bien compris. Le monde du foot brasse des sommes colossales. Une véritable manne financière sur laquelle le candidat PS compte bien s'appuyer pour renflouer les caisses de l'état et combler le trou de la sécu. Hollande propose donc de taxer davantage ceux dont les revenus annuels dépassent le million d'euros.

 

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Aux côtés de Brandao et de Sammy Traoré, François Hollande a réaffirmé son soutien aux « travailleurs du football profond »

 

 

Pour faire simple, les footballeurs les mieux rémunérés de notre championnat reversent actuellement environ la moitié de leurs revenus sous forme d'impôt et de cotisations sociales diverses. Avec la taxe Hollande, qui s'appliquerait sur la tranche supérieure au million, cette part augmenterait sensiblement.

 

Une mesure exceptionnelle qui vise surtout les stars de notre championnat (la réalité étant évidemment différente dans les clubs moins fortunés de l'hexagone), mais qui selon Frédéric Thiriez, le président de la Ligue de Football Professionnel, toucherait « entre 120 et 150 joueurs », soit un quart des effectifs de la Ligue 1.

 

Dans un club comme le PSG, cela représente une écrasante majorité de l'effectif. L'entraineur Carlo Ancelotti est hors-catégorie avec ses 500.000 euros bruts mensuels. Pastore, Nene, Lugano, Sakho et Sissoko dépassent les 300.000. Derrière, Gameiro, Ménez, Sirigu et Matuidi se situent entre 250.000 et 280.000. Hoarau, Bisevac, Bodmer et Chantôme tournent autour des 200.000. Armand, Camara, Ceara, Douchez et Jallet gagnent quant à eux entre 100.000 et 150.000 euros bruts mensuels. Seul Tiéné (70.000 par mois, soit 840.000 par an) et les jeunes formés au club (20.000 par mois tout de même pour Kebano) se situent donc en dessous du seuil du million d'euro annuel.

 

Du côté de l'OM, même son de cloche, puisqu'on ne compte pas moins d'une vingtaine de joueurs concernés. Gignac et Alou Diarra tournent à environ 300.000 euros bruts mensuels, 250.000 pour Valbuena et M'Bia, ainsi que l'entraineur Didier Deschamps. Mandanda, Cheyrou, Rémy, Diawara, Amalfitano et André Ayew forment le club des joueurs à environ 200.000 euros. On compte ensuite plusieurs joueurs entre 100.000 et 150.000 : Kaboré, N'Koulou, Azipilicueta, Fanni et Morel. Seuls Jordan Ayew, Jimi Traoré, Sabo et Omrani se situent sous la barre des 100.000.

 

Les autres clubs ne sont pas en reste. Si l'on inclue les différentes primes qu'ils peuvent toucher sur une saison, des joueurs comme Yoann Gourcuff, Lisandro Lopez, Kim Kallström, Bafé Gomis (OL) ou encore Joe Cole (Lille) perçoivent tous des revenus compris entre 3,5 et 5 million d'euros bruts par saison. Le maître incontesté en la matière restant le parisien Javier Pastore, dont les émoluments s'élèvent à quasiment 6 millions d'euros (hors contrats publicitaires).

 

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« Ecoute moi bien mon p'ti François : on n'en veut pas de ta taxe. Tu sais, je connais du monde en tribune Boulogne. Fais gaffe, parce que moi et mes potes skinheads, on va pas te louper... »

 

 

A la lecture de ces chiffres, le jeu semble donc en valoir la chandelle. Pourtant, les conséquences d'une telle mesure (si elle venait à être appliquée) pourrait aller à l'encontre des effets escomptés. En effet, on imagine mal les principaux intéressés rester dans notre championnat si ceux-ci se voient proposés de gagner 2 à 3 fois plus à l'étranger. L'application d'une telle mesure aurait donc pour conséquence l'exode massif des plus gros salaires de Ligue 1, et qui dit moins de revenus à imposer, dit moins d'argent qui rentre dans les caisses. CQFD.

 

Il ne s'agit pas de nier l'évidence : les footballeurs gagnent évidemment très bien leur vie (voire trop pour certains). Doit-on pour autant les montrer du doigt à la moindre occasion venue ? La question mérite d'être soulevée.

 

Comme le dit si bien Christophe Jallet, « Je n'ai braqué personne pour avoir ce que j'ai aujourd'hui ». Cet argent ne provient ni d'une activité illégale, ni des caisses de l'état, mais bien d'une entreprise privée dont les finances sont contrôlées par plusieurs organismes, dont la DNCG. Bien que les sommes puissent en interpeller, voire en choquer plus d'un, il n'y a pas lieu de prendre les joueurs pour des vaches à lait.

 

 

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Grosses berlines allemandes, parterre de journalistes : finalement, le quotidien d'un homme politique ressemble beaucoup à celui d'un footballeur professionnel

 

 

 

Sources : le Parisien, sportune

 

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sex shop 15/06/2012 00:42

merci bon post

Bastien 04/03/2012 21:39

"Je ne comprends pas trop ton article"

Rassures-toi, tu n'es pas le seul :) J'ai simplement voulu remonter à contre-courant de la tendance qui consiste à dire "Ceux qui ont les moyens doivent payer pour tout le monde". Je pense qu'on ne
peut pas continuer indéfiniment à piocher chez ces gens là sans qu'il n'y ai de réaction de leur part. A un moment je me mets à leur place (ce qui est très, très loin d'être le cas, pour ceux qui
en douteraient), et je me dis : je veux bien contribuer à redresser l'économie du pays dans lequel je vis, mais jusqu'à une certaine mesure.

Si tu es footballeur professionnel et qu'on te propose d'aller jouer à l'étranger (à challenge sportif égal j'entends, je ne parle pas des mecs qui signent au Qatar en pleine force de l'âge juste
pour les pépettes), tu dis non par patriotisme ? Je trouve qu'il y a pas mal d'hypocrisie là-dedans. C'est ça que j'ai voulu souligner, peut-être maladroitement.

Nicolas 04/03/2012 20:45

Je ne comprends pas trop ton article.

"Doit-on pour autant les [les joueurs] montrer du doigt à la moindre occasion ?"
Mais il ne s'agit pas de ça. Il s'agit d'imposer plus fortement toute personne gagnant plus d'un million d'euros. Ca ne touche pas que les footballeurs, mais aussi des gens du showbizz, des
artistes, des chefs d'entreprises etc. Il ne s'agit en rien de s'acharner sur les footballeurs, mais de faire participer plus les riches à la solidarité nationale.

"L'application d'une telle mesure aurait donc pour conséquence l'exode massif des plus gros salaires de Ligue 1, et qui dit moins de revenus à imposer, dit moins d'argent qui rentre dans les
caisses. CQFD."

Ben, pas vraiment CQFD, non. Le chiffon rouge de l'exil est agité à chaque fois que les impôts sont augmentés : les riches vont se barrer, plus personne ne créera de richesse, tout le monde sera au
chômage. Historiquement, ça n'a pas été constaté de manière flagrante. A de nombreuses époques, et dans des endroits très divers, les tranches supérieures d'imposition ont été élevées, et parfois
largement plus que 75% (cf le New Deal de Roosevelt, notamment, aux USA - eh oui !), sans qu'à ma connaissance, les économies concernées s'effondrent. Ca me rappelle les cris d'orfraie des Aulas
& co au moment de la suppression du DIC. Qu'est-ce qu'on avait pas entendu à l'époque... Résultat, le championnat compte maintenant des Cole, des Pastore...