Ligue 1, 17ème journée : Lyon coule, Bordeaux s'envole

Publié le par Bastien

 

Cette fois-ci, Lyon n'a pas pris cinq buts (comme face à Marseille). Cette fois-ci, Lyon n'en a pas pris quatre (comme face à Lille). Non, cette fois-ci, Lyon n'a encaissé qu'un but. Mais cette fois-ci, Lyon n'en a pas marqué.

 

L'OL s'est donc incliné 0-1 à Gerland face au champion de France en titre et candidat désigné à sa propre succession, j'ai nommé les Girondins de Bordeaux. Histoire de terminer en apothéose une semaine pourrie.

 

Le calvaire avait commencé dimanche dernier avec une défaite 3-4 à Lille qui a laissé des traces. Les Lyonnais pensaient s'être rassurés en explosant la bonne poire de leur poule de Ligue des Champions, 4-0 contre Debrecen. Seulement, la Fiorentina battait Liverpool à Liverpool dans le même temps, s'emparant de la tête du groupe et reléguant ainsi Lyon à la deuxième place.

 

Alors que la veille, Bordeaux achevait son parcours de santé avec une victoire facile à Haïfa qui venait conclure un parcours exceptionnel : 16 points pris sur 18, le meilleur bilan de la première phase toutes équipes confondues, et dans une poule composée entre autres du Bayern et de la Juve, excusez du peu.

 

La différence entre une équipe qui craint une confrontation face à Chelsea ou au Barça dès les huitièmes de finale (ceux qui étaient déjà là l'année dernière en ont encore leur slip tout mouillé), tandis que l'autre peut espérer un tirage clément (Olympiakos ou VfB Stuttgart par exemple).

 

Cette différence, elle s'est ressentie sur le terrain. Certes, le match a été serré, pour ne pas dire emmerdant. On fera court en disant que le meilleur acteur sur la pelouse était probablement l'arbitre, Stéphane Lannoy. Bien aidé par ses assistants (qui ont réussi à voir que le ballon était bien rentré sur la tête de Chamakh sans la vidéo), Mr Lannoy y est pour beaucoup si ce match très engagé n'a pas dégénéré, ne sifflant que quand cela s'imposait au lieu d'interrompre le jeu à chaque contact comme c'est pratiquement toujours le cas en Ligue 1. Elu meilleur arbitre de Ligue 1 lors de la saison 2007-2008, sélectionné à l'Euro 2008 et aux Jeux Olympiques de Pékin la même année, et convoqué à la Coupe du Monde des -17 ans cette année, Lannoy fait aussi partie des 38 arbitres pré-sélectionnés pour la Coupe du Monde 2010, celle des grands. On comprend pourquoi.

 

Pour revenir au jeu, on ne peut donc pas dire que les Girondins aient éclaboussé cette rencontre de leur classe. Malgré tout ça, la différence avec leur adversaire tient en deux mots : maîtrise et sérénité. Lorsque Bordeaux subit la pression de son adversaire, Bordeaux ne s'affole jamais et essaye de relancer proprement. Lyon panique et balance devant. Lorsque Bordeaux est bloqué, Bordeaux tente de ressortir le ballon, de revenir derrière et d'aller faire un petit tour de l'autre côté du terrain, tranquillement, histoire de voir si l'herbe y est plus verte. Lyon se précipite et perd le ballon.

 

La différence, c'est aussi la stabilité. Bordeaux a su prouver que parfois, le meilleur recrutement reste de ne pas recruter, en concentrant surtout ses efforts pour garder l'ossature et ses meilleurs éléments (ce n'est pas le cas de Chamakh qui viendra me contredire). Le résultat sur le terrain, c'est un Bordeaux cru 2009 qui s'appuie sur le millésime 2008, qui a bien vieilli, sûr de ses forces.

 

Alors que du côté lyonnais, la stabilité, on cherche toujours. Depuis deux ans et l'arrivée de Claude Puel.

 

Depuis que Lyon n'arrive plus à imposer son rythme et subit celui de son adversaire : quand Lille a décidé d'attaquer, Lille a marqué quatre buts pendant que Lyon n'en a marqué que trois ; quand Bordeaux a décidé de défendre, Bordeaux a marqué un but pendant que Lyon n'en a marqué aucun.

 

Depuis que Lyon a perdu les vertues morales qui faisaient sa force. Habitués à grapiller des points dans les dernières minutes, les Gones se font désormais avoir à leur propre jeu et encaissent des buts dans les dernières minutes. Comme face à Marseille, Lille et maintenant Bordeaux.

 

Depuis que Puel a transformé le 4-3-3 historique de l'OL, celui qui a gagné 7 titres de champion de France d'affilée, en un 4-5-1 où il ne fait pas bon être attaquant de pointe. Ce qui n'empêche pas Lisandro de porter l'attaque à bout de barbichette. Sauf que quand il ne marque pas, derrière, c'est le désert.

 

L'énigme Bastos et son replacement côté droit, lui le pur gaucher et sérial-passeur (et buteur de temps en temps) à ce poste l'année dernière avec le LOSC, confirme la déchéance des anciens-lillois à Lyon. Bodmer, n°10 atypique de grande classe, est devenu défenseur central avant de disparaître de la circulation. Kader Keita, acheté 18 M€ (un des transferts les plus chers de l'histoire du club), a été bradé au Galatasaray moitié-prix. La présence de Makoun rend l'absence de Toulalan encore plus insupportable. Et Bastos joue à droite donc. Merci qui ? Merci « Cloclo les bons tuyaux » Puel.

 

On se souvient qu'Alain Perrin avait été débarqué pour beaucoup, beaucoup moins que ça. Le bilan de Perrin, c'est quatre trophées en un an : la Peace Cup et le trophée des champions en début de saison, mais surtout le championnat (le dernier du club) et la Coupe de France (la dernière remontait à 1973), objectifs prioritaires du club. Malgré ce bilan plus que satisfaisant, les dirigeants lyonnais ont décidé de se séparer de Perrin pour faire venir Puel. Pour « faire franchir un pallier au club », comme ils disaient. Le seul palier que Puel ait permis de franchir, c'est celui qui permet de descendre du toit de la Ligue 1 vers les premières marches de l'escalier européen. Avant de franchir celui de la porte ?

 

Rien n'est moins sûr. Car malgré un bilan qui ne parle vraiment pas pour lui, son remerciement serait un nouvel aveu d'échec, chose qu'Aulas redoute plus que tout. Mais surtout, un licenciement de Puel coûterait très cher au club. Il faut savoir que Puel a signé un contrat de quatre ans pour un salaire de près de 250 000€ mensuels bruts, ce qui en fait l'entraîneur le mieux payé de Ligue 1, loin devant Deschamps (180 000) ou Blanc (140 000). Imaginez alors le manque à gagner pour la petite entreprise de Jean-Michel Aulas, sachant que Puel n'en est même pas à la moitié de son bail. Puel semble donc avoir la confiance de ses dirigeants, un peu par défaut.

 

Ce qui n'est apparemment pas le cas de ses joueurs, ou en tout cas pas de tous les joueurs. Cissokho, fraîchement débarqué à l'OL, a allumé la première mèche en critiquant ouvertement la méthode Puel, basée sur le physique, parfois au détriment du jeu. En clair, certains joueurs s'emmerdent, et ça se voit parfois sur le terrain. La fracture entre les anciens et les nouveaux s'amplifie. Ceux qui ont connu l'essentiel de la formidable aventure des années 2000 (comme Cris ou Govou) sont de moins en moins nombreux, mais semblent encore adhérer au discours de leur entraîneur. En revanche, ce discours a de plus en plus de mal à passer auprès d'une part non négligeable de l'effectif.

 

En attendant, Aulas ne loupe pas une occasion de s'élever pour défendre son entraîneur contre vents et marées devant la presse, même si le discours n'est probablement pas le même en coulisses. Pour combien de temps encore ? L'avenir, et notamment l'avenir européen, nous le dira. Car pour ce qui est de la Ligue 1, les Lyonnais sont désormais neuvième, comptent huit point de retard sur leur bourreau du soir, et ne croient plus trop au père Noël. Alors pour un premier titre de champion de France sous l'ère Puel, on repassera l'année prochaine. Ou pas. 
 

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Loi de Lisandro : Lisandro à terre = Lyon à terre. CQFD. Lisandro-dépendance ?


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